Dans les Champs (de fleurs) de Chanel à Pégomas

Il y a quelques années, je me souviens avoir rêvé devant les photos des influenceuses françaises Zoé, Kenza ou encore Pauline en visite dans les Champs de Chanel à Pégomas, à côté de Grasse. Secrètement, j’espérais un jour avoir aussi le privilège de frôler le sol grassois en compagnie de la Maison Chanel et de découvrir les secrets de fabrication de ses fragrances iconiques. Début avril, lorsque l’attachée de presse de la griffe m’a écrit pour me dire que la Maison souhaitait m’inviter à un évènement exclusif au mois de mai, mon coeur s’emballa : et si c’était les Champs de Chanel ? Voilà comment, la semaine passée, j’embarquais dans un avion direction Nice pour prendre part à un formidable voyage.

 

LE N°5

Chanel N°5 Eau de Parfum, j’en garde le souvenir de ma grand-mère et de ma mère qui le portaient, en alternant avec Coco Eau de Parfum. Moi, je collectionnais les miniatures : j’avais (et j’ai toujours !) la version XXS. Pour les fêtes de fin d’année, je l’ai redécouvert à l’occasion de la Red Edition. C’est bien connu : les odeurs véhiculent des émotions. Il suffisait de le reporter une fois pour ne plus vouloir le quitter : j’aime son côté rassurant, enveloppant, protecteur. D’ailleurs, comme j’ai du mal à m’en éloigner, je le porte souvent en « layering », avec Chance Eau Tendre notamment.

D’ailleurs, connaissez-vous l’histoire du N°5 ? En 1921, Gabrielle Chanel fait appel à Ernest Beaux pour créer « un parfum de femme à odeur de femme », rare et puissant. Le nez lui propose une composition visionnaire faisant appel à une utilisation inédite des aldéhydes. Mademoiselle plébiscite la version numéro 5 de la fragrance, et décide de conserver ce chiffre comme simple nom. Pour ce nouveau jus, elle choisit un flacon radical, orné d’une étiquette blanche et coiffé d’un cabochon facetté. La senteur inédite du parfum, mais aussi son nom et son flacon dépouillés, révolutionnent l’histoire de la parfumerie. Le N°5 s’impose comme une fragrance culte.

 

PÉGOMAS, PAYS DE GRASSE

Grasse, c’est là où tout a commencé. À l’origine : des gants, des bottes et des carrosseries en cuir. Des peaux de toutes sortes vendues et négociées par les tanneurs de Grasse dès le 12ème siècle. Des cuirs qui ne garderont leur odeur d’étable que quelques siècles puisqu’on se met à les parfumer au 17ème. Le sol fertile de cette région au climat idéal, baignée par le soleil méditerranéen, à l’abri du vent, devient alors le terreau de plantations florales nécessaires au parfumage du cuir. Des champs de rose, de jasmin, de tubéreuse, de mimosa, de fleur d’oranger, de violette et de lavande colonisent progressivement la Côte d’Azur et offrent à Grasse son statut légendaire de berceau de la parfumerie. Toute l’industrie s’y installe et ses parfumeurs viennent y apprendre leur métier ou sélectionner leurs matières premières. Depuis plus de trois siècles, la culture des plantes à parfum se perpétue à Grasse. Les fleurs cultivées dans le pays grassois deviennent très vite les matières premières de référence des grands parfumeurs. C’est donc tout naturellement à Grasse que commence l’histoire du parfum N°5. En 1921, son parfumeur, Ernest Beaux, choisit pour sa composition le jasmin issu de Grasse.

Nous, c’est à Saint-Paul-de-Vence que nous avons posé nos valises pour une nuit, au Mas de Pierre, faisant partie du réseau Relais & Château. Un havre de paix au milieu de la pinède.

 

LA FAMILLE MUL & OLIVIER POLGE

Ayant eu le plaisir de participer à une rencontre avec Olivier Polge au siège belge de Chanel en septembre passé, j’avais déjà pu entendre parler du fabuleux travail de la famille Mul. Depuis cinq générations, soit depuis 1840, la famille Mul s’évertue à protéger cette culture séculaire de plantes à parfum d’une exceptionnelle qualité. Un patrimoine légendaire, hérité de son arrière-grand-père, que Joseph Mul (le très charmant monsieur, sur les photos ci-dessus et ci-dessous, avec le regard qui brille) a préservé avec fierté de toutes convoitises (notamment immobilières), et qu’il transmet aujourd’hui à la génération suivante.

À l’instar de la Haute Couture qui protège le savoir-faire unique des métiers d’art, les parfums de CHANEL participent à la conservation d’un patrimoine légendaire. Ainsi, en 1987, à l’initiative de Jacques Polge (le papa d’Olivier qui, en 2014, a transmis les clés du Laboratoire des Parfums Chanel à son fils), la Maison signe un partenariat, totalement inédit à l’époque, avec la famille Mul. L’objectif ? Pérenniser la culture du jasmin et de la rose. Au fil des ans, d’autres plantes à parfum sont venues s’ajouter pour répondre à la créativité des Polge. C’est à Olivier que l’ont doit Chanel N°5 L’Eau, un fleuri abstrait vibrant, qui fait de la modernité son étendard et de la fraîcheur son leitmotiv.

 

LA CUEILLETTE DES ROSES DE MAI

Aujourd’hui âgé de 80 ans, Joseph Mul n’a absolument rien perdu de son énergie et de son beau sourire. Après avoir entendu parler de lui et lu son nom dans de nombreux articles de presse, j’étais aux anges de pouvoir passer un moment avec lui. Après avoir choisi entre la bicyclette ou la golf car (j’avoue : j’ai opté pour la voiturette !) pour rejoindre La Bastide et enfilé nos bottes en caoutchouc Chanel, c’est à ses côtés que nous avons eu le plaisir de partir à travers champs et de découvrir comment sont cueillies les roses Centifolia ou roses de mai, qui doivent leur deuxième nom au mois où elles sont récoltées. Car, comme aime le dire Joseph Mul : « Chaque fleur est une saison ». 50 000 plants de rose sont cultivés. Ici, la cueillette se fait à la main. Devant nos yeux, les cueilleuses aux gestes précis remplissent leur tablier de fleurs tout juste épanouies, au parfum délicieux. Je m’essaie également à l’exercice. 1 kg de roses représente 350 fleurs. Chaque cueilleuse récolte 5 kg de fleurs par heure.

À peine cueillies selon une technique savamment maîtrisées, les fleurs sont délicatement rassemblées dans de gros sacs de jute et sont conduites, en tracteur, dans l’usine familiale d’extraction des fleurs à proximité directe, au milieu des champs. Il faut savoir que les fleurs sont fragiles et qu’il n’y a pas lieu de trainer. À l’usine d’extraction, les sacs sont pesés avant que les fleurs ne se fanent et ne soient traitées. La course contre le temps continue. Une fois les fleurs pesées, elles sont réparties sur cinq plateaux perforés, empilés les uns sur les autres. Les fleurs subissent trois bains successifs avec un solvant, légèrement brassé puis porté à haute température. Le solvant se charge en principes odorants, concrétisant l’odeur en parfum. Chaque extracteur (où j’ai pu prendre un bain de roses de mai) contient 250 kg de fleurs. La concrète est la cire végétale obtenue après l’extraction des fleurs aux solvants. Elle est stockée précieusement. Il faut 400 kilos de roses pour obtenir 1 kilo de concrète. À la demande d’Olivier Polge, la concrète est transformée en absolue de rose, un liquide utilisé dans les formules des Extraits du N°5 de Chanel, l’expression la plus précieuse de la Haute Parfumerie. 1 kilo de concrète donne 600 grammes d’absolue de rose. Ainsi, ce sont quelques 12 roses de mai de Grasse qui rendent unique un flacon d’extrait de parfum de 30 ml de N°5.

 

PÉRENNISER

Évènement après évènement auquel j’ai l’immense chance d’être invitée par Chanel, je prends pleinement conscience de ce que signifie, pour une Maison, de veiller à pérenniser son savoir-faire, tout en innovant en permanence. Ce n’est pas juste du storytelling, quelques jolis mots sur un site Internet : c’est la passion d’hommes et femmes pour perpétuer la création de produits d’exception.

Photos: aalstyles.com, Virgile Guinard I Merci à Chanel et à ses équipes pour cette merveilleuse expérience ❤ (et à Emma Gelaude et à Anita Vuković pour leur très agréable compagnie) I Suivez-moi sur Instagram.

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